"Tintin"

chez les

Afghans

 

   

- Siglinde, ich kaufe mir ein Harley ?

- Nein, nein !

 

 

JR : Tu as quel age ?

Tintin : Je suis né en 1950 à Strasbourg

JR : Ta première bécane ?

Tintin : En 1964 une "Mobymatic"

JR : Je vois très bien, j'ai eu ça aussi, mais pour le rêve il y a mieux... beaucoup mieux.

Tintin : Oui, moi ce que je voulais, c'était une Paloma ou une Gulietta, avec vitesses au poignet.
A peine six mois plus tard, je m'étais débarrassé de cette bécane et avais acheté en pièces détachées une Super Strada, avec un moteur Sachs trois vitesses, là - dessus
j'avais monté un réservoir de Gulietta, et une selle à dosseret de Derby.

JR : La belle vie a commencé ?

Tintin : Ma première prouesse avec cet engin: si Charles Monneret était capable de rester 24 heures sur une moto, je pourrais le faire aussi ! Et pour le prouver, j'ai demandé à mon père si je pouvais partir seul en vacances à Frontignan, il m'a dit oui ! Ben oui, je te raconte pas le mourron de la mère.
Juillet 65, départ 3 heures du matin. Dans les sacoches, un piston, un cylindre de rechange un volant magnétique et hop là. 17 heures sur la meule, avec une vielle combinaison cuir de la Luftwaffe, un slip et un maillot de bain, et un savon pour se laver les mains avant de faire pipi.

Super Strada 50 cc "Paloma"

JR : Avec un coup comme ça, tu es entré dans le club des grands !

Tintin : Après cet exploit envié par mes camarades, je me suis acheté une lime, outil indispensable, démontage du moteur, des coups avec cet ustensile sur le cylindre, un pot de détente de fabrication local, de l'huile de ricin, et un peu d'alcool pur. Démontage de tout ce qui ne servait à rien et hop Tintin avec ses 47 kilos était le plus rapide du quartier !

En 1966 je trouvais que cela n'allait pas assez vite, et un copain jaloux des performances de mon bolide me proposa de l'acheter. Je n'ai pas hésité de lui céder pour un bon prix. J'avais déjà autre chose en tête ...

JR : C'est là que tu est passé à la moto ?

Tintin : Oui, mais j'avais réussi à dégoter deux Triumph en
état d'épave une Tiger 110 et une Tbird 110, de 650 cc.
Dès l'acquisition de ces engins, je suis allé voir Paul qui me dit: " hop là Tintin je vais t'aider à en remonter une, avec le stock de pièces que tu as, on devrait y arriver ".
JR : Qui est Paul ?

Tintin : Mon premier exemple et mon tuteur de folie, Paul Wolff, il était champion de France sur 350 Manx en 1962 je crois. Ce vieux Strasbourgeois avait un magasin de moto, et moi je me suis retrouvé collé sur la vitrine de son magasin. Il m'a remarqué et adopté de suite, puis j'ai eu droit de nettoyer sa moto de course, il m' a montré comment limer les pneus triangulaire neufs, le nettoyage des lunettes de course, de mettre de la fécule de pommes de terre sur ses verres en cas de pluie et encore et encore.

Triumph Tiger110, bicylindres 650 cc

Le vrai obstacle: le permis A, qui était à partir de 16 ans. Pour la théorie j'ai du bosser, pour la pratique je l'avais déjà, je me suis présenté au permis avec un VESPA 150 cc. L'inspecteur qui m a fait passer l'épreuve, m'a dit: tu conduis bien, mais au fait comment tu es venu, je lui ai répondu: en roulant, réponse; c'est bien, parce que si tu m'avais dit le contraire ton permis tu l'aurais récupéré sur "les à jules".

Norton 88 bicylindres 500cc

JR : A l'époque le permis c'était encore sympa, mais la bécane il a fallut la reconstruire.

Tintin : Oui, trois mois plus tard ma Tiger 110, la même que Marlon Brando dans l'épopée sauvage, était sur roues et je te dis pas, je me suis retrouvé le Johnny du quartier et c'était elle le déclencheur de cette folie.

Et puis ensuite il a y a eu une Norton 88, une Suzuki T20. Cette T20 est l'actrice involontaire de mon engagement dans l'armée. En effet, après une dizaine de bonnes gamelles, n'ayant plus un flèche en poche, et mes rêves de compétitions disparus, je suis parti pour ne plus emmerder mes parents.
Engagez vous qu'ils disaient, vous verrez du pays, et je dois dire que sur ce coup ils avaient bien raison !

JR : Tu es passé de  vieille combinaison cuir de la Luftwaffe, à celle de toute neuve de para.

Tintin : Oui, j ai baroudé en Afrique et sur presque tous les endroits chauds des dernières années, Bosnie etc...

En passant aussi par la Russie, et pratiquement tous les pays satellites de l'ex Pacte de Varsovie.

JR : Je suppose que ce métier impose une présence quasi permanente sur le terrain, pas facile pour la moto ?

Tintin : Comme je suis finalement un bon boy, deux ans après mon engagement, je me suis retrouve Maréchal des
logis et j'ai acheté une Bonneville neuve, détaxée.

Ensuite une 500 four, avec laquelle mes rêves de gosse ont repris le dessus. Cette superbe bécane rapidement transformée et retour sur les circuits, à Hockenheim j'oublie de freiner et "alles kaput", pour me calmer je me suis recyclé sur une 450 Suzuki cross.

Honda 500 four 4 cylindres 500 cc

JR : Tu es marié, tu as des enfants ?

Tintin : Après ces péripéties,  j'ai connu ma femme Siglinde, nous avons deux enfants une fille Stefanie et un fils Boris qui vient de réussir son permis moto, et qui s'est offert une Ninja d'occase, il se réserve déjà pour des runs à mon retour.
Bien après l'Allemagne, j ai été muté dans le sud, un régiment para et puis le truc familial a pris le dessus, une baraque et la routine comme tout le monde.
JR : J'ai du mal à te voir dans cette vie calme ?

Tintin : J'étais en manque de sensation. Hormis le parachutisme militaire, j'ai passé un brevet de pilotage de petit tagasou, puis de la plongée en passant, une Honda de cross, mais il y avait toujours quelque chose qui mijotait en moi.

JR : On y arrive... Harley, l'Afghanistan... racontes ?

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